14/01/2021

Et si la bienveillance était, au fond, notre meilleur savoir faire et ce qu’on peut se souhaiter de meilleur ?

On perçoit en ce début 2021 comme un petit malaise à se souhaiter une « bonne année ».
Chacun·e cherche ses mots pour trouver le point d’équilibre entre l’enthousiasme, la volonté d’aller de l’avant avec confiance, et la compassion pour la vie des unes, des uns et des autres, bousculée par ce virus qui a envahi la planète.

Pourtant, malgré la souffrance qui en résulte et l’anéantissement de nos métiers dans la création culturelle, la musique, l’art de la fête, de l’hospitalité, de la transmission, cette période a aussi révélé des idées neuves, créé de nouvelles solidarités et liens, ouvert la voie autant à la déstabilisation psychologique qu’à la possibilité de prendre du temps pour soi et exaucer ce rêve inavoué – presqu’indécent dans ce contexte – de « la vie qui s’arrête pour un temps », ce temps auquel on aspire pour renouer le lien avec soi-même, considérer nos projets et peut-être les réaliser.


La crise que nous traversons est pourtant bel et bien et d’abord une précarisation pour beaucoup, une destruction d’équilibres construits depuis tant d’années, le terreau d’inégalités, un marasme économique, un épuisement d’un temps de vie à rechercher comment ne pas faire, comment attendre, comment sauvegarder, comment procrastiner de la façon la plus exemplaire qu’on ait jamais imaginé puisque le lendemain n’est jamais celui qu’on désire, quoi qu’on ait projeté, quelle que soit l’énergie qu’on y mette.
S’user de cette façon n’est pas dans notre nature. Nous sommes cependant en Europe (ou, seulement en France paraît-il), là où existent des systèmes sociaux structurés, des réserves économiques conséquentes, des mécanismes d’entraide, une vie culturelle active et où ne règnent pas la guerre ni la fuite obligée de là où nous serions né·es.

Alors, il faut s’efforcer de le reconnaître une bonne fois pour toutes : l’argent ne fait définitivement pas le bonheur. Cette crise, passée et à venir, bouscule nos habitudes, nos certitudes aussi, nos conforts comme elle chamboule nos contraintes, nos feuilles de route, nos obligations… et ne manque pas d’attiser les contradictions.


Nous vous souhaitons de tirer absolument parti utilement des horizons – aussi nébuleux soient-ils encore – que cette crise peut révéler. Nous vous souhaitons que 2021 soit une année où les rêves d’idéal ne sont pas un fantasme adolescent, mais une perspective exaltante et active, de convergence, un espace où les activités que nous défendons sont l’occasion de nouvelles réalisations, de nouvelles façon d’échanger et fabriquer du temps de vie émotionnel, de la ferveur qui fait du bien.

Et si la bienveillance était, au fond, notre meilleur savoir faire et ce qu’on peut se souhaiter de meilleur ?

Si la musique, étendue aux disciplines artistiques auxquelles elle se mêle, était une chance incroyable, un précieux moyen d’accéder à cette universalité du dialogue et du vivre ensemble ? Fusse t-elle trop souvent sous-estimée, comme une simple distraction.

Si finalement il y a avait là quelque chose de tellement essentiel qu’on puisse motiver nos concitoyens à y puiser espérance, courage, créativité, sensation de se sentir « capables » de déplacer les montagnes qui rendent les chemins de vie uniques et irremplaçables pour y puiser tout le plaisir qu’il y a à les emprunter ?

Si on faisait enfin mentir l’idée que « personne n’est indispensable ni irremplaçable » alors que de fait, on ne connaît que des personnes que nous n’avons pas envie de remplacer parce qu’elles / ils sont uniques et nous portent, on ne connaît que des personnes qui sont indispensables à notre équilibre et notre épanouissement, des personnes qui sont ce pour quoi on crée, on chemine et on se réunit autour de tout ce qui enchante, élève et stimule nos émotions ?

Cette période n’a jamais autant montré combien nous avions besoin des autres pour nous épanouir. Et merci infiniment à toutes celles et ceux, adhérent·es, partenaires, équipes, qui font vivre notre réseau et témoignent chaque jour de son sens profond : nourrir les liens. Vive 2021 et la musique, universellement source de raisons de vivre, d’inventer et se découvrir !

Renaud Barillet,
Président
Pour le Conseil d’Administration du Réseau des Musiques Actuelles de Paris